« Pourriez-vous me recommander quelqu’un pour un travail individuel ? »

« Pourriez-vous me recommander quelqu’un pour un travail individuel ? »

C’est ce que me demandent, ces temps-ci, quelques personnes que j’accompagne en couple.

Comme le dit si bien Géraldine Barbry, « un bon accompagnateur est un professionnel de santé avec qui tu te sens en sécurité, en qui tu as confiance. La rencontre se fait naturellement ou pas. »

Certes. Ce sont vos signaux internes qui vont vous dire si vous êtes au bon endroit pour vous ou pas.

Le problème de la recommandation, me semble-t-il, c’est son double effet :

– d’un côté elle peut vous faire gagner du temps en vous aiguillant directement chez un.e professionnel.le aux compétences déjà reconnues par quelques pairs ;

– mais de l’autre elle introduit un biais dans votre jugement : si la relation avec cette personne, reconnue par d’autres comme compétente, vous procure insatisfaction, inconfort, voire insécurité, vous pouvez minimiser, balayer cette gêne, vous dire que  « ça vous fait travailler ». Et ainsi vous imposer une situation « thérapeutique » peu propice à une évolution favorable, parce que vous passez plus de temps et d’énergie, en séance et sans doute après, à vous défendre de l’inconfort ou l’insécurité vécus, voire à vous défendre de les ressentir !

J’ai idée que ça peut être thérapeutique si vous l’exprimez en séance et que votre thérapeute peut s’en saisir pour analyser avec vous ce qui se joue, en lien avec ce que vous êtes venu.e travailler. Et vous le saurez si ça fait mouche, si cette exploration vous procure un soulagement, une joie, une reconnaissance… d’avoir pu accéder à cette connaissance, sentiments qui vont nourrir votre relation à votre thérapeute, votre confiance dans cette relation, votre sécurité. Et vous aurez dépassé le stade « recommandation », vous serez autonome dans votre évaluation de votre relation thérapeutique.

Si ce n’est pas ce qui se produit, il serait peut-être intéressant de chercher un.e autre thérapeute, muni.e de ce nouveau savoir sur vos attentes, vos perceptions.

Cela dit, je suis toujours désireuse de faire connaissance avec vous, thérapeutes locaux (région de Saint-Brieuc), et intéressée par la façon dont, plus largement, vous traitez cette question de la recommandation.

Image Maggie Isley – Pexels

« Je sais ce qu’il va dire, je le connais par cœur ! »

« Je sais ce qu’il va dire, je le connais par cœur ! »

« Je savais qu’elle allait dire ça, je la connais par cœur ! »

C’est possible, je ne nie pas cette connaissance fine qu’on a de l’autre au fil des années.

Mais permettez-moi d’examiner un peu ce constat.

Je crois (en pouvant évidemment me tromper, c’est juste une croyance) que quand je « sais » ce que l’autre va dire, j’ai une influence sur ce qu’il/elle dit. Parce que si je « sais », avec une telle certitude, alors l’autre sait que je sais. Et il/elle donne la réponse que j’attends (même si ce n’est pas celle que je veux, je l’attends).

On appelle ça un biais de confirmation, mais à deux.

Il paraît que « notre cerveau préfère avoir raison que progresser » (François Barbet).

Si c’est vrai, quand je prononce cette phrase, je préfère avoir « deviné » la réponse de l’autre qu’entendre une autre réponse, qui me surprendrait.

J’ai raison, mais je ne laisse pas beaucoup de chances au changement que j’aimerais.

Alors, comment faire autrement ?

Ce que je suggère en thérapie de couple, ce n’est pas d’arrêter de vouloir avoir raison (ça peut être très difficile, selon votre histoire, de renoncer à ça), mais d’abord de vous en rendre compte.

Et à deux, bonne nouvelle, vous avez un.e assistant.e pour le faire : votre chéri.e.

La prochaine fois que l’autre vous dit « je sais ce que tu vas dire » ou « je savais que tu allais dire ça », « je te connais par coeur », demandez-lui s’il/elle préfère avoir raison ou entendre une alternative surprenante.

Et là, l’air de rien, vous commencez à travailler vos représentations enfermantes.

Photo Peteris Lehtla