Outre que je les remercie infiniment de leur confiance (ce n’est pas rien de venir dire à une parfaite inconnue, même recommandée, qui se présente comme experte de l’intime, ces choses douloureuses dont on n’a parfois parlé à personne), je veux aussi les remercier de tout ce qu’ils m’apprennent de mon métier :
– que l’essentiel du travail se joue non pas dans le fond de nos échanges (et c’est une « cartésienne » qui vous le dit, et mes client.es « cartésien.nes » ne seront peut-être pas d’accord, mais ça aussi c’est thérapeutique), mais dans la qualité de la relation que nous construisons, séance après séance (je pense à I. Yalom qui explique, dans l’Art de la thérapie, que les choses dont se souviennent ses patients quelques années après la fin de leur thérapie ne sont pas ses « brillantes interprétations », mais les moments où il a été là pour eux, de façon unique, parfois à la limite de la posture de thérapeute et de celle de simple humain) ; c’est cette qualité de relation qui donne la confiance dans le travail à accomplir, dans les ressources disponibles, exactemement comme dans les relations qu’ils viennent travailler, elle a donc valeur d’exemple (parfois de contre-exemple à ce qu’ils ont connu, parfois de rappel) ;
– qu’on est bien plus que 2 ou 3, ou 4 dans le cabinet, et que c’est cette équipe qui travaille, plus ou moins discrètement : les autres thérapeutes, la famille, les amis, mes propres sources d’inspiration… (ma marotte du moment, le réseau de soutien au sens TRÈS large) ;
– que leur demande n’est pas simple à identifier, qu’il nous faut la trouver entre ce qui est dit, ce qui est pensé mais pas dit, ce qui n’est pas encore pensé… et que c’est une danse à 2, 3, 4 (ou plus) sensibilités, d’une grande complexité ;
– (… plein d’autres apprentissages que je ne peux citer, c’était à prévoir, chacune de ces 70 situations ayant généré le sien !) ;
– et que parfois je ne peux pas, ou plus les aider ; est-ce parce que nous avons fait le tour de ce que nous avons décidé d’explorer ? Parce que je n’ai finalement pas pu les rejoindre au point exact où nous aurions pu travailler ? Parce que je n’en ai rejoint qu’un ou une, et que l’autre n’y trouve pas son compte ? Parce que ce qui se présente à un moment du travail demande du temps pour accepter d’y aller ? Je n’ai souvent pas la réponse à ces questions, qui flotte dans le cabinet, le couloir ou la rue où ont disparu ceux que parfois je ne reverrai pas, parce que c’est ce qui leur va.
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