C’est ce que me demandent, ces temps-ci, quelques personnes que j’accompagne en couple.
Comme le dit si bien Géraldine Barbry, « un bon accompagnateur est un professionnel de santé avec qui tu te sens en sécurité, en qui tu as confiance. La rencontre se fait naturellement ou pas. »
Certes. Ce sont vos signaux internes qui vont vous dire si vous êtes au bon endroit pour vous ou pas.
Le problème de la recommandation, me semble-t-il, c’est son double effet :
– d’un côté elle peut vous faire gagner du temps en vous aiguillant directement chez un.e professionnel.le aux compétences déjà reconnues par quelques pairs ;
– mais de l’autre elle introduit un biais dans votre jugement : si la relation avec cette personne, reconnue par d’autres comme compétente, vous procure insatisfaction, inconfort, voire insécurité, vous pouvez minimiser, balayer cette gêne, vous dire que « ça vous fait travailler ». Et ainsi vous imposer une situation « thérapeutique » peu propice à une évolution favorable, parce que vous passez plus de temps et d’énergie, en séance et sans doute après, à vous défendre de l’inconfort ou l’insécurité vécus, voire à vous défendre de les ressentir !
J’ai idée que ça peut être thérapeutique si vous l’exprimez en séance et que votre thérapeute peut s’en saisir pour analyser avec vous ce qui se joue, en lien avec ce que vous êtes venu.e travailler. Et vous le saurez si ça fait mouche, si cette exploration vous procure un soulagement, une joie, une reconnaissance… d’avoir pu accéder à cette connaissance, sentiments qui vont nourrir votre relation à votre thérapeute, votre confiance dans cette relation, votre sécurité. Et vous aurez dépassé le stade « recommandation », vous serez autonome dans votre évaluation de votre relation thérapeutique.
Si ce n’est pas ce qui se produit, il serait peut-être intéressant de chercher un.e autre thérapeute, muni.e de ce nouveau savoir sur vos attentes, vos perceptions.
Cela dit, je suis toujours désireuse de faire connaissance avec vous, thérapeutes locaux (région de Saint-Brieuc), et intéressée par la façon dont, plus largement, vous traitez cette question de la recommandation.
Outre que je les remercie infiniment de leur confiance (ce n’est pas rien de venir dire à une parfaite inconnue, même recommandée, qui se présente comme experte de l’intime, ces choses douloureuses dont on n’a parfois parlé à personne), je veux aussi les remercier de tout ce qu’ils m’apprennent de mon métier :
– que l’essentiel du travail se joue non pas dans le fond de nos échanges (et c’est une « cartésienne » qui vous le dit, et mes client.es « cartésien.nes » ne seront peut-être pas d’accord, mais ça aussi c’est thérapeutique), mais dans la qualité de la relation que nous construisons, séance après séance (je pense à I. Yalom qui explique, dans l’Art de la thérapie, que les choses dont se souviennent ses patients quelques années après la fin de leur thérapie ne sont pas ses « brillantes interprétations », mais les moments où il a été là pour eux, de façon unique, parfois à la limite de la posture de thérapeute et de celle de simple humain) ; c’est cette qualité de relation qui donne la confiance dans le travail à accomplir, dans les ressources disponibles, exactemement comme dans les relations qu’ils viennent travailler, elle a donc valeur d’exemple (parfois de contre-exemple à ce qu’ils ont connu, parfois de rappel) ;
– qu’on est bien plus que 2 ou 3, ou 4 dans le cabinet, et que c’est cette équipe qui travaille, plus ou moins discrètement : les autres thérapeutes, la famille, les amis, mes propres sources d’inspiration… (ma marotte du moment, le réseau de soutien au sens TRÈS large) ;
– que leur demande n’est pas simple à identifier, qu’il nous faut la trouver entre ce qui est dit, ce qui est pensé mais pas dit, ce qui n’est pas encore pensé… et que c’est une danse à 2, 3, 4 (ou plus) sensibilités, d’une grande complexité ;
– (… plein d’autres apprentissages que je ne peux citer, c’était à prévoir, chacune de ces 70 situations ayant généré le sien !) ;
– et que parfois je ne peux pas, ou plus les aider ; est-ce parce que nous avons fait le tour de ce que nous avons décidé d’explorer ? Parce que je n’ai finalement pas pu les rejoindre au point exact où nous aurions pu travailler ? Parce que je n’en ai rejoint qu’un ou une, et que l’autre n’y trouve pas son compte ? Parce que ce qui se présente à un moment du travail demande du temps pour accepter d’y aller ? Je n’ai souvent pas la réponse à ces questions, qui flotte dans le cabinet, le couloir ou la rue où ont disparu ceux que parfois je ne reverrai pas, parce que c’est ce qui leur va.
C’est le titre du livre de Jean-Claude Kaufmann sur le consentement dans le couple, paru en 2020, soit 3 ans après l’affaire Weinstein et le début du mouvement MeToo, quelques mois après les (pas toujours enchantés) confinements du Covid19 et 6 ans avant la loi du 26 janvier 2026 qui met clairement fin au supposé « devoir conjugal ».
Il y a énormément à dire sur les pistes explorées par ce livre, notamment la fameuse « zone grise », immense no (wo)man’s land entre des lignes rouges indubitablement franchies et un consentement explicite, et les 3 « fables » que JC Kaufmann s’attache à déconstruire :
– non, ce n’est pas facile d’exprimer un non-consentement dans le couple ;
– non, ce n’est pas facile, malgré l’apparente libération et l’omniprésence de la sexualité dans notre paysage, d’avoir une sexualité épanouie dans le couple, et de le dire ;
– non, le désir des hommes et celui des femmes ne suivent pas toujours des trajectoires identiques dans le couple (quid des couples homosexuels ?).
BOUM.
Mais qu’en est-il dans l’intimité de nos cabinets de conseil conjugal et familial ?
Qu’est-ce que « consentir » à une relation sexuelle dans le couple, jour après jour, au fil des années ?
Que devient ce consentement face au double enjeu de la diminution/disparition du désir sexuel de l’un.e et du projet partagé de maintenir le couple, souvent aussi le socle d’une famille soigneusement contruite et satisfaisante ?
Quelle confrontation la « zone grise », où on ne dit ni oui ni non, permet-elle d’éviter ?
Si le livre a le mérite de présenter une enquête (sur la base d’une centaine de témoignages, ce qui est peu), et quelques pistes de solutions (« trahir ? », « couple ouvert », « parler », « choisir », « négocier », « s’accorder », « inventer »), je trouve dommage qu’il faille atteindre sa conclusion pour trouver mention du recours à une « médiation : amis, psychologue, conseiller conjugal, etc. », qui met sur le même plan amis et professionnels et omet les sexothérapeutes.
Oui, sexualité et consentement dans le couple constituent un sujet complexe qui peut nécessiter, lorsque l’on souhaite l’examiner avec courage, honnêteté et respect, l’aide d’un.e professionnel.le du lien qui aidera chacun.e à s’exprimer et proposera les mots qui, parfois, manquent cruellement.
J’entends parfois cette phrase, souvent après quelques séances d’une thérapie de couple.
C’est une pépite.
Cette phrase parle d’abord de la confiance qu’a le couple dans notre relation, dans notre capacité à tous les trois de nous emparer, le plus tranquillement possible, d’un événement pour l’examiner, le comprendre, le transformer.
Ensuite elle parle du rôle de tiers que nous tenons, quelque temps, pour ce couple.
A quoi sert ce tiers, ce « troisième » qui s’ajoute, s’associe aux deux du couple ?
Pas à départager, pas à arbitrer, pas à « faire pencher la balance » d’un côté ou de l’autre.
Il sert à amortir, à détourner, à éviter la ligne droite, à prendre les chemins de traverse.
Amortir quoi, quels chocs ?
Il faut être drôlement bien campé sur ses deux pieds pour accueillir ce que l’autre a parfois à nous dire. En particulier dans la crise, où ce que l’on a à dire est parfois « du lourd » et où, justement, on ne sait plus très bien où les mettre, ses deux pieds : sur des œufs, dans un champ de mines ?
Et ça, multiplié par deux naturellement. Et par le nombre d’années qu’a duré la fameuse crise.
Alors on n’est pas trop de trois pour accueillir, juste entendre, accepter que ce soit dit, sans chercher une solution, sans minimiser, sans claquer la porte, sans « retourner le compliment ».
Chacun.e me parle à moi, en présence de l’autre qui peut (pas toujours, selon l’émotion que ça provoque) « se contenter » d’observer, d’écouter « comme si » ça ne lui était pas destiné.
Et moi je questionne, je reformule, j’essaie de m’approcher au plus près de ce que vit celle, celui qui « raconte ».
Ça ne vous rappelle rien ? Ce sentiment si précieux d’être entendu.e, compris.e par quelqu’un qui va peut-être nommer ce que vous vivez, le considérer avec intérêt et respect ?
A moi, en tout cas, ça me fait penser à l’enfant qui raconte un événement important qui vient de se produire, nouveau ou déroutant, à son parent qui l’écoute, le prend au sérieux, lui donne les mots qu’il n’avait pas encore.
Même si on n’est plus (tout à fait) des enfants, on a toujours besoin de ressentir ça.
Mais dans la crise, on ne peut plus le donner à l’autre. Parce qu’on est fatigué.e, révolté.e, découragé.e, inquièt.e, angoissé.e…
C’est donc ce tiers thérapeute qui va s’y coller, le temps de sortir de la crise et de retrouver cette capacité du couple à accueillir, amortir, transformer les petits et grands chagrins.
Car le tiers, le troisième, quand il n’y a pas crise, c’est le couple : « un et un font trois », comme l’a si bien écrit le grand thérapeute Philippe Caillé.
« Je savais qu’elle allait dire ça, je la connais par cœur ! »
C’est possible, je ne nie pas cette connaissance fine qu’on a de l’autre au fil des années.
Mais permettez-moi d’examiner un peu ce constat.
Je crois (en pouvant évidemment me tromper, c’est juste une croyance) que quand je « sais » ce que l’autre va dire, j’ai une influence sur ce qu’il/elle dit. Parce que si je « sais », avec une telle certitude, alors l’autre sait que je sais. Et il/elle donne la réponse que j’attends (même si ce n’est pas celle que je veux, je l’attends).
On appelle ça un biais de confirmation, mais à deux.
Il paraît que « notre cerveau préfère avoir raison que progresser » (François Barbet).
Si c’est vrai, quand je prononce cette phrase, je préfère avoir « deviné » la réponse de l’autre qu’entendre une autre réponse, qui me surprendrait.
J’ai raison, mais je ne laisse pas beaucoup de chances au changement que j’aimerais.
Alors, comment faire autrement ?
Ce que je suggère en thérapie de couple, ce n’est pas d’arrêter de vouloir avoir raison (ça peut être très difficile, selon votre histoire, de renoncer à ça), mais d’abord de vous en rendre compte.
Et à deux, bonne nouvelle, vous avez un.e assistant.e pour le faire : votre chéri.e.
La prochaine fois que l’autre vous dit « je sais ce que tu vas dire » ou « je savais que tu allais dire ça », « je te connais par coeur », demandez-lui s’il/elle préfère avoir raison ou entendre une alternative surprenante.
Et là, l’air de rien, vous commencez à travailler vos représentations enfermantes.
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