J’entends parfois cette phrase, souvent après quelques séances d’une thérapie de couple.
C’est une pépite.
Cette phrase parle d’abord de la confiance qu’a le couple dans notre relation, dans notre capacité à tous les trois de nous emparer, le plus tranquillement possible, d’un événement pour l’examiner, le comprendre, le transformer.
Ensuite elle parle du rôle de tiers que nous tenons, quelque temps, pour ce couple.
A quoi sert ce tiers, ce « troisième » qui s’ajoute, s’associe aux deux du couple ?
Pas à départager, pas à arbitrer, pas à « faire pencher la balance » d’un côté ou de l’autre.
Il sert à amortir, à détourner, à éviter la ligne droite, à prendre les chemins de traverse.
Amortir quoi, quels chocs ?
Il faut être drôlement bien campé sur ses deux pieds pour accueillir ce que l’autre a parfois à nous dire. En particulier dans la crise, où ce que l’on a à dire est parfois « du lourd » et où, justement, on ne sait plus très bien où les mettre, ses deux pieds : sur des œufs, dans un champ de mines ?
Et ça, multiplié par deux naturellement. Et par le nombre d’années qu’a duré la fameuse crise.
Alors on n’est pas trop de trois pour accueillir, juste entendre, accepter que ce soit dit, sans chercher une solution, sans minimiser, sans claquer la porte, sans « retourner le compliment ».
Chacun.e me parle à moi, en présence de l’autre qui peut (pas toujours, selon l’émotion que ça provoque) « se contenter » d’observer, d’écouter « comme si » ça ne lui était pas destiné.
Et moi je questionne, je reformule, j’essaie de m’approcher au plus près de ce que vit celle, celui qui « raconte ».
Ça ne vous rappelle rien ? Ce sentiment si précieux d’être entendu.e, compris.e par quelqu’un qui va peut-être nommer ce que vous vivez, le considérer avec intérêt et respect ?
A moi, en tout cas, ça me fait penser à l’enfant qui raconte un événement important qui vient de se produire, nouveau ou déroutant, à son parent qui l’écoute, le prend au sérieux, lui donne les mots qu’il n’avait pas encore.
Même si on n’est plus (tout à fait) des enfants, on a toujours besoin de ressentir ça.
Mais dans la crise, on ne peut plus le donner à l’autre. Parce qu’on est fatigué.e, révolté.e, découragé.e, inquièt.e, angoissé.e…
C’est donc ce tiers thérapeute qui va s’y coller, le temps de sortir de la crise et de retrouver cette capacité du couple à accueillir, amortir, transformer les petits et grands chagrins.
Car le tiers, le troisième, quand il n’y a pas crise, c’est le couple : « un et un font trois », comme l’a si bien écrit le grand thérapeute Philippe Caillé.
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